« L’entraide l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle – Quelques bons moments d’un sujet très actuel

« L’entraide l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle – Quelques bons moments d’un sujet très actuel

septembre 10, 2019 0 Par Catherine Dumas
  • La nature est pleine d’exemple d’entraide « naturelle » parfois même de symbiose totale où le sort de l’un est pleinement lié à l’autre. Cette entraide se fait au sein de mêmes espèces mais surtout avec des espèces différentes qui profitent l’un de l’autre et justement de leurs différences : « Dans les eaux glacées de l’océan Antarctique, une anémone de mer passe sa vie sur le dos d’un escargot (elle échange la protection contre le transport). Aucune de ces deux espèces n’a été observée sans son partenaire. Grâce à la protection que lui offre l’anémone, l’escargot s’est même permis le luxe de s’épargner de l’énergie en confectionnant une coquille particulièrement fine. La relation d’entraide est devenue fusionnelle au point de transformer l’autre pour rester vivants, ensemble, il y a là une véritable leçon de lâcher-prise. 
  • A la question : « Laquelle, de la nature ou de la culture, contribue davantage à la personnalité ? », le psychologue canadien Donald Hebb est connu pour avoir répondu par une question : « Qu’est-ce qui selon vous contribue davantage à la surface d’un rectangle : sa longueur ou sa largeur ? ». Il est devenu aujourd’hui évident à quel point l’environnement et la culture jouent un rôle important dans l’expression des gènes. (Expérimentation avec des vrais jumeaux prouveraient que l’importance de la génétique serait de 10 à 30% alors que celle de l’environnement serait de 70% à 90%). Ainsi les interactions que nous avons avec les autres dépendantes de la culture dans laquelle nous baignons peuvent activer ou désactiver certaines parties de notre génome. Les enfants adoptés héritent donc également de leur famille d’accueil. 
  • Notion de Homo oeconomicus : Je fais quelque chose si j’ai l’impression que j’y gagne quelque chose ou au moins que je ne perds rien. Notion de win-win, win-loose etc… 
  • Jeu de l’ultimatum : Il implique deux participants qui ne se connaissent pas et à qui l’on demande de partager une somme d’argent. Le premier, qui a tout l’argent, fait à son partenaire une offre de partage, que le partenaire peut accepter ou refuser ; mais s’il refuse l’offre, personne n’obtient l’argent. Si les joueurs étaient des homo oeconomicus, le premier aurait tendance à garder un maximum pour lui et le second ne refuserait aucune offre car toute offre est mieux que rien. 
  • La réalité est pourtant toute autre : non seulement les offres de partages moyennes tournent autour de 50/50, mais une fois sur deux, le second joueur refuse l’offre à partir du moment où elle est inférieure à 30%. Il préfère ne rien gagner que gagner (trop) peu, vexation oblige ! Ainsi, les participants ne suivent pas les règles de la rationalité économique. D’un côté, ils sont plus altruistesque ne le prédisent les modèles et ne se comportent pas de manière rationnelle.
  • L’aide spontanée comme par exemple, aider une personne aveugle à traverser la route : Dépend de la culture (culture latine 90%, thailande 40%) et de la productivité économique de la ville (plus les habitants ont de pouvoir d’achat, moins ils ont tendance à aider). Dans l’ensemble, les êtres humains se comportent de manière beaucoup moins égoïste que certains économistes veulent nous le faire croire. 
  • L’entraide s’observe encore plus lors de catastrophes naturelles, lorsque tout ce qu’on croyait normal s’effondre ou que l’ordre social disparaît brutalement (séisme). Les autorités perdent leurs moyens de contrôle, d’intervention et seuls alors comptent les comportements spontanés. Le stress environnant empêche les raisonnements rationnels. Les personnes agissent sans réfléchir aux conséquences par instinct ou intuition.

Dans ces situations stressantes, les individus en état de choc, sont peu enclin à la violence car ils sont tous en recherche de sécurité. Ils agissent de manière spontanée, automatique ou inconsciente ce qui la plupart du temps fait émerger des comportements d’entraide. 

  • Plus on fait appel à la spontanéité des personnes et non à la réflexion et plus les personnes sont altruistes et prosociales. Ce qui pourrait nous amener à dire que c’est « naturel ».  Plus on fait réfléchir les personnes plus elles se conduisent en égoïstes. L’intuition n’est pas égoïste, lorsque nous la développons cela augmente la coopération. 
  • Plus nous évoluons dans un cadre prosocial plus nous développons des comportements procosiaux.  A l’inverse, plus on évolue dans un contexte égoïste et compétitif, plus on développe les automatismes antisociaux. 

Donc nous pouvons également avoir à faire à des « enfoirés » et  cela ne fait pas du bien d’être bon en face d’un enfoiré ! Cette personne peut nous ôter le plaisir d’aider ou au moins elle va activer dans notre cerveau les cellules du dégoût. (les cellules du dégoût ne s’activent pas lorsqu’un ordinateur triche par exemple, la déception de perdre en face d’un ordinateur n’est donc pas de même nature que celle en face d’un humain !! : il y a bien ici un facteur humain – une question de toi et moi qu’il n’y a pas avec cela et moi).

  • Sur des expériences qui ont été faites avec des bébés : Si vous faites tomber un objet par terre et que vous le cherchez, il y a de très fortes chances que le bébé (6 mois à 1 an) cherche à vous aider à la trouver (montre du doigt, s’agite etc…). Il ne cherche pas le compliment et encore moins la récompense. Les expériences montrent au contraire que les enfants qu’on récompense dans ce cas précis seront moins prêts à aider car, par l’aide apportée, il montre juste son intérêt que vous pourriez miner par la récompense. 
  • Les groupes qui coopèrent sont les groupes les plus performants : exemple des poules pondeuses d’œufs extra large mises ensemble. Mises avec d’autres poules de toutes sortes et calibres, le rendement sur le long terme est excellent, mises entre elles, elles passent leur temps à se chamailler, sont sous stress permanent et la production et la taille des œufs baisse. 
  • Plus il y a d’inégalités dans un groupe moins il y a d’entraide. 
  • Les institutions conçues pour favoriser l’intérêt personnel inhibent l’expression des « sentiments moraux ». Elles le font peut-être en toute bonne foi, mais le résultat est désastreux. Non seulement elles inhibent l’auto-détermination des individus et dégradent leurs motivations intrinsèques, mais elles véhiculent le message que l’égoïsme est un comportement approprié. Répandre une culture de l’égoïsme déforme les systèmes cognitifs spontanés dans le sens antisocial, créant ainsi un climat de méfiance généralisée, terreau pour une catastrophe sociale annoncée. 

Entre la passion de l’échange direct entre deux personnes ou plus, la chaleur des interactions au sein d’un groupe et la froide efficacité d’une institution, l’équilibre à trouver est délicat.

  • Notion de réciprocité : 

Ainsi la décision d’agit pour l’autre dépend en partie de notre passé, mais elle dépend aussi des autres dans le présent, leurs réactions, leurs gestes, leurs paroles, leur réputation, leurs promesses. 

  • La réciprocité est l’une des normes sociales les plus évidentes, les plus répandues à travers le monde.  C’est ce qu’on appelle parfois la coopération conditionnelle. 
  • Il faudra souligner l’importance des neurones miroirs dans le concept de réciprocité. 
  • La cohésion dans un groupe : Elle est favorisée par le sentiment de sécurité, le sentiment d’égalité et le sentiment de confiance. 

Sur la SECURITE : Comparable à une cellule vivante : 

Isolée par une membrane du monde extérieur et qui joue 4 rôles : 

  • Permet l’auto-organisation, ne laisse pas l’extérieur être trop influant sur ce qui est à l’intérieur, 
    • Protège de l’extérieur
    • Garantit une identité car affiche des signes distinctifs qui lui permettent de communiquer avec l’extérieur et surtout de signaler et d’encadrer sa fonction (qui suis-je un globule rouge, une amibe ? 
    • Filtre les échanges avec l’extérieur (l’eau, sucres, vitamines, hormones oxygène etc…) 

La membrane n’est jamais infranchissable sinon il n’y aurait plus de vie possible. 

La cellule est vivante grâce à la qualité et la quantité des échanges qu’elle réalise avec ce qui l’entoure.

C’est cela être vivant, maintenir ce fragile équilibre, cette tension entre le dedans et le dehors. 

  • Une membrane trop poreuse qui laisse entrer et sortir est souvent ressentie comme dangereuse, ainsi les éléments à l’intérieur ne se sentant plus protégé vont stresser et se créer une autre membrane autour d’eux afin de garantir la protection. 

Il est donc important pour un groupe de passer du temps à la co-construction et à l’entretien de cette membrane. 

Sur l’EGALITE : 

Les groupes où les disparités salariales sont très grandes s’entraident moins que les autres. 

Sur la CONFIANCE : 

Elle peut être là dès le début ou se développer au fur et à mesure si le cadre de sécurité est mis en place et fonctionne. Si les règles sont partagées et que tous en sont les co-gardiens. Alors la magie peut s’opérer, on a confiance dans toute personne ancienne ou nouvelle dès lors que l’on sait qu’elle appartient à ce groupe-là. 

Là encore, si je suis confiant je ne suis pas stressé : En général les médecins sont compétents et les pieds de chaise sont solides !! Mon esprit peut être au repos, relax, l’esprit critique s’accorde des vacances pour pouvoir se consacrer aux autres sujets intéressants, altruistes et coopératifs.

Au final : la sécurité, l’égalité et la confiance permettent de lâcher prise (exemple de l’anémone avec l’escargot) en montrant à tous les égos d’un groupe qu’ils ont intérêt à s’ouvrir et se laisser transformer par les autres qui ont une bonne influence. Seulement alors 1 + 1 = 3 

Cela n’empêche pas que chaque ego dans une société humaine doit rester autonome et responsable.